Le Quotidien Jurasien, 19 octobre 2002
Double exposition en Prévôté pour Queloz, Grogg et Scheidegger
Double exposition pour l’artiste jurassien Philippe Queloz et ses compères
bernois Christian Grogg et Adrian Scheidegger, au Musée jurassien des
arts, à Moutier, et au nouvel Espace d’art contemporain de Perrefitte.
Les trois plasticiens signent des oeuvres personnelles comme des créations
collectives.
Jean-Pierre Girod
Philippe Queloz, Adrian Scheidegger et Christian Grogg se sont rencontrés
lors de leurs études artistiques à la Schule für Gestaltung de Bâle. Le
premier est né en 1962 et vit à St-Brais, les deux autres, respectivement
nés en 1965 et 1963, sont installés à Berne. Depuis leur formation, il
leur arrive régulièrement de travailler en étroite collaboration, indépendamment
de leurs propres créations. En mai-juin 1995, ils avaient exposé dans
le cloître de Saint-Ursanne, intervenant par une expression résolument
moderne dans cet environnement de vieilles pierres, sans provocation,
mais en créant la surprise. Le premier travail commun que le trio propose
dans le cadre de la double exposition prévôtoise, le public ne risque
pas de le louper. Dans la cour du musée de Moutier, un énorme mur en forme
de L a été élevé au moyen de 1200 cartons soigneusement empilés et collés.
Une construction de 22 mètres de longueur, quatre de hauteur et près d’un
demi-mètre d’épaisseur, qui se dresse entre la nouvelle aile du musée
et la véranda, reprenant les lignes architecturales des bâtiments tout
en modifiant totalement l’espace. Cette confrontation entre architecture
réelle et fictive est à la fois en dialogue et en rupture avec le lieu.
Le mur de carton en cache les éléments et force le spectateur à reconstituer
mentalement l’espace réel. Et le jeu se prolonge par l’opposition des
constructions durables et de cet élément éphémère conçu à même échelle
ou presque, qui se délite, gonfle et gondole sous les intempéries. Sort
de tout bâtiment, à la longue ? Peut-être est-ce la question posée par
les artistes.
Deux expositions qui valent par leur côté ludique et la liberté d’expression
des trois artistes
Dans l’obscurité, au sous-sol du musée, autre intervention commune des
trois plasticiens. Jonglerie de Moutier présente en filigrane d’un vaste
écran de plastiques à bulles la silhouette tournante de Marilyn Monroe,
un « déjeuner sur l’herbe » d’on ne sait qui, juste visible à l’arrière-plan,
d’autres objets et photos noyés dans un ballet de lumières fuyantes. Création
débridée, spontanée, elle a la propriété de flatter l’humeur dans le bon
sens sans trop peser sur les neurones… Une installation étrange et parfaitement
ludique.
Philippe Queloz
L’esprit de jeu est d’ailleurs commun aux trois artistes, dans leurs
travaux personnels autant que dans leurs céations collectives. Philippe
Queloz est sans doute le plus engagé dans cette voie, le plus « bricoleur
» aussi (sans péjoration), lui qui se sert de matériaux de récupération
pour créer un monde à lui, entre fatras et poésie, à l’image de ce Passage
à gué fait de grilles en fonte tenues en équilibre au-dessus du sol par
des manches de pelle, des tiges de fer, une raquette de tennis tordue,
ou ce Scaphandre réalisé au moyen d’un voile d’apiculteur, et qui prend
tout autant l’aspect d’une minuscule scène de théâtre un peu kitsch. Equilibres
précaires, illusions, tout est instable, à la limite de la rupture, chez
Queloz. Ses toiles elles-mêmes, figurant des vagues, une fonte de neige,
renforcent ce sentiment de fragilité, de changement, de passage d’un état
à un autre, qui apparaît comme une des préoccupations essentielles de
l’artiste jurassien.
Christian Grogg
Christian Grogg emploie lui aussi des matériaux divers comme l’aluminium,
le velours, le contreplaqué, pour créer un univers nettement plus structuré
que celui de Philippe Queloz, mais marqué lui aussi par l’étrangeté et
l’illusion. Posés sur le sol, deux disques de métal emboîtés l’un dans
l’autre roulent sur eux-mêmes, évoquant un instant le mouvement perpétuel.
Au mur, des formes circulaires en alu sont percées de ronds noirs excentrés
qui donnent l’impression, selon l’attention qu’on leur porte, de jaillir
du mur ou de le percer, et d’opérer en même temps un déplacement latéral.
Ailleurs encore, une grande maquette faite de planchettes de contre-plaqué
peintes en blanc représente une sorte de bâtiment dédaléen ouvert à tous
vents mais étouffant de complexité. Dans chaque œuvre, y compris dans
les petits paysages peints, comme mis en abyme, Chrisitan Grogg entretient
un climat déstabilisant, renforcé par l’aspect souvent technique, lisse
et froid de ses créations.
Adrian Scheidegger
Adrian Scheidegger est essentiellement peintre, et lui aussi surprend,
car son langage échappe en partie aux canons de la peinture. Il n’impose
pas une image, il joue avec des tableaux réalisés à partir d’un mélange
d’huile et de poudre de verre, uniformement blancs au premier abord, dont
les moirures, les brillances se révèlent peu à peu. En s’approchant, le
spectateur est comme pris au piège, croyant deviner dans ces faux miroirs
sa silhouette ou son ombre qui se dérobent aussitôt que le regard bouge,
relayés par les jeux raffinés de lumière que produit une fine structure
à peine visible. Voilà aussi un art de l’illusion, une peinture qui n’en
est pas vraiment une, ne figurant que ses propres effets avec l’indispensable
complicité du visiteur.
A côté de ces œuvres lumineuses, d’une blancheur changeante, d’autres
tableaux se résument à une débauche de vert, couleur qu’affectionne Scheidegger
et le montre proche de la nature, mais non pas béat devant elle. Par la
simplicité de l’image, une touche tourmentée, un angle de vue vertigineux,
un jeu de reflets rendant le sujet irréel et insaisissable, le peintre
semble chercher à en percer humblement les mystères, et chaque tableau
s’impose comme une question sur les rapports de l’homme avec la nature,
sur la perception du paysage.
La double exposition fort bien accrochée, a en outre le mérite de faire
découvrir au public le noujvel Espace d’art de Perrefitte, en fait un
petit frère de la nouvelle salle du musée, dessiné par les mêmes architectes,
Alexandre Blanc et Marco Bakker. On y découvre, à plus petite échelle,
les mêmes volumes harmonieux, la même efficace sobriété.
Exposition de Christian Grogg, Philippe Queloz et Adrian
Scheidegger, du 15 septembre au 10 novembre 2002, Musée jurassien des
arts, Moutier, et SELZ Espace d’art contemporain à Perrefitte
Journal du Jura, 18 septembre 2002
Perrefitte – 1re expo à la galerie d’art
Trio artistique
Le vent de la culture et de l’art s’est remis à souffler, dimanche, du
côté de la galerie Selz Espace d’art contemporain de Perrefitte, avec une
exposition de trois artistes : Christian Grogg, Philippe Queloz et Adrian
Scheidegger.
L’ancienne galerie du Tilleul, maintenant rebaptisée Selz Espace d’art
contemporain-édition, a ouvert les portes de ses nouveaux locaux au
public, avec une exposition de Christian Grogg, Philippe Queloz et Adrian
Scheidegger. Trois artistes issus d’horizons différents, mais réunis par
leurs études à l’Ecole d’arts appliqués de Bâle où s’est nouée il y a
quelques années déjà leur collaboration fructueuse. Pour Beat Selz,
c’était l’occasion dimanche de présenter sa galerie et d’entrer de plain
pied dans une aventure passionnelle, mûrement attendue et rêvée. Avec son
sens de l’accueil, il ne pouvait que conquérir le cœur des visiteurs
présents, de d’autant plus que dans un souci d’enracinement régional, il
offrait en plus cette magnifique exposition la possibilité de goûter au
plaisir de quelques produits régionaux.
Les peintures d’Adrian Scheidegger se construisent autour d’une réflexion
sur le vide. Il retranscrit avec une technique propre à lui, mêlant
peinture à l’huile et perles de verre, un vide, propre à la réflexion.
Philippe Queloz, qui vient de Saint-Brais, adopte une approche plus
environnementale. « L’environnement, dans lequel nous nous mouvons, dans
lequel nous travaillons, dans lequel nous vivons, possède un énorme
potentiel et il faut l’utiliser pour la création. » Dans certaines des ses
sculptures, il associe des objets rencontrés par hasrad, des coups de cœur
qui interagissent entre eux. Il s’exprime aussi par la peinture, en
peignant notamment les ondulation de la mer, "la seule chose qui manque
dans mon village ».
Quant à Christian Grogg, âme sensible et réservée, il retransmet au
travers de ses créations, un certain romantisme de la vie, propre à tous.
Ses œuvres sont aussi un moyen de faire passer un rapport entre l’infini
et le concret. (jhe)
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